Le morceau
Beethoven a intitulé ses deux sonates op. 27 Sonata quasi una fantasia, et celle-ci, dédiée à la comtesse Giulietta Guicciardi, commence en effet comme une improvisation lente plutôt que par un allegro. Le surnom « Clair de lune » ne vient pas de lui. En tête du mouvement, il demande de jouer toute la pièce delicatissimamente e senza sordino, c'est-à-dire avec les étouffoirs levés : la pédale fait partie de l'écriture.
La main droite tient deux rôles : les triolets continus et, par-dessus, la mélodie confiée au cinquième doigt. Elle doit chanter avec le haut de la main et murmurer avec le reste ; certains écarts entre le chant et le triolet atteignent quatorze demi-tons. Attention au rythme pointé de la mélodie : la double croche tombe juste après le dernier triolet du temps, jamais avec lui. La main gauche pose des octaves tenues dans le grave, 98 au total, sans dureté. Change la pédale avec chaque harmonie pour éviter le brouillard. Avec plus de cinq minutes de pianissimo, l'endurance est surtout celle de l'écoute.