Le morceau
Beethoven a intitulé les deux sonates de l'opus 27 Sonata quasi una fantasia ; le surnom « Clair de lune » est venu plus tard, d'une image du critique Ludwig Rellstab à propos du premier mouvement. Le finale tourne le dos à ce calme : Presto agitato, en forme sonate, il s'ouvre sur des arpèges qui montent d'un trait et se brisent sur deux accords frappés. La reprise de l'exposition est jouée ici, d'après la même saisie que le premier mouvement (édition Berners de 1908).
Le mouvement réclame de l'endurance, près de sept minutes, et une main gauche infatigable : plus de dix attaques par seconde dans les passages rapides, avec 538 sauts. Les 385 notes répétées doivent rester nettes, sans bloquer le poignet. Les arpèges de la main droite demandent un pouce qui passe sans à-coup et un avant-bras qui glisse vers l'aigu ; les deux accords qui les terminent tombent d'en haut, bras détendu. Garde une pulsation stricte dans ces montées : c'est la régularité, plus que la vitesse, qui crée l'agitation. Le mode attente aide à lire les arpèges note par note avant de les enchaîner au tempo.