Le morceau
Pendant presque toute sa durée, ce nocturne avance calmement, Andante sostenuto, sur une mélodie simple et une main gauche en croches. Un procédé revient plusieurs fois : la phrase se presse (stretto), se retient, puis s’arrête net, sur un point d’orgue, avant de reprendre. Tout bascule dans les dernières mesures : un trille pianissimo au-dessus d’une basse répétée comme un roulement de timbales, puis un récitatif Adagio, en octaves entre les deux mains, qui laisse la pièce sur une fin abrupte et sombre. Notre source est la première édition parisienne, celle de Schlesinger.
Les ornements, une trentaine, surtout des petites notes, appartiennent à la mélodie : joue-les souplement, sans casser le legato. Neuf accords dépassent l’octave, jusqu’à 17 demi-tons : si ta main ne les atteint pas, égrène-les très vite depuis la basse, sans décaler la mélodie. Entre une basse grave et le médium, la main gauche se déplace plus de 140 fois. Aux arrêts, laisse les silences durer vraiment, puis repars dans le tempo. Le récitatif final se joue fort et libre, chaque note pleinement timbrée.