Le morceau
Second volet de l'opus 62, ce nocturne commence Lento sostenuto par un chant ample, dans une écriture presque chorale où les voix intérieures comptent autant que la mélodie. Le milieu, noté agitato, change de nature : les voix se resserrent et se poursuivent, les doubles croches circulent d'une partie à l'autre dans un véritable contrepoint, avant que le thème du début revienne et s'éteigne doucement, d'après la première édition, publiée à Leipzig.
Ici, la main gauche porte l'essentiel des sauts (73 sur 81) et des octaves (67 sur 75) : dans la partie agitée, elle doit passer d'une basse en octave à une voix intérieure sans rompre le legato. Repère les notes tenues, car c'est la pédale qui les fera durer, et elle doit changer souvent pour ne pas brouiller le contrepoint. Un accord atteint 17 demi-tons et plusieurs autres dépassent l'octave, à arpéger avec naturel. Enfin, le tempo lent rend chaque irrégularité audible pendant plus de cinq minutes et demie : pense en longues phrases plutôt qu'en mesures. L'estompage des notes qui tombent aide à passer peu à peu à la lecture de cette polyphonie sur la partition.