Le morceau
Dans ce prélude en si mineur, Chopin renverse les rôles habituels : la mélodie est confiée à la main gauche, dans le registre d'un violoncelle, tandis que la main droite répète doucement des croches sur une même note, si, souvent doublée d'un accord. Marqué Lento assai, il avance sans jamais presser. Les préludes de l'op. 28 ont paru en 1839 avec deux dédicaces : à Camille Pleyel pour l'édition française, à Joseph Christoph Kessler pour l'allemande.
Toute l'attention va à la main gauche. Sa première phrase démarre par un arpège montant, si-ré-fa dièse-si, qui doit s'élancer d'un seul geste, puis la mélodie se pose sur des notes plus longues : chante-les comme un archet qui ne s'arrête pas entre deux notes. La main droite, elle, reste un fond régulier : ses croches répétées, groupées par deux, ne doivent jamais couvrir le chant. Joue-les du bout des doigts, sans relever la main. Avec environ deux notes par seconde, rien ne presse : suis la ligne grave d'un bout à l'autre. Quelques petites notes ornent le parcours ; place-les sans heurt.